La mosquée de Duisbourg dérange l'extrême-droite européenne

Publié le par Sébastien Martineau

La droite populiste et islamophobe européenne a décidé d'organiser un week-end de trois jours dans la Ruhr, pour dénoncer "l'islamisation de l'Europe", à l'initiative du parti d'extrême-droite local Pro-NRW. Ces différents mouvements - venus de Belgique, de France et d'Italie notamment - rêvent d'imiter le référendum suisse sur l'interdiction des minarets.

Dès hier, des rassemblements silencieux étaient prévus devant plusieurs mosquées et centres musulmans de la région, à Essen, Oberhausen, Herten, Mülheim an der Ruhr, Gelsenkirchen et Bochum. D'après les informations que j'ai pu trouver, cette initiative a été un demi-échec en termes de mobilisation (la pluie n'a pas arrangé les choses), mais pas forcément en termes de communication. En effet, la presse locale et nationale a largement relayé l'information.

Aujourd'hui, Pro-NRW organise son congrès à Gelsenkirchen. Mais le "moment fort" de ce week-end est une marche sur la grande mosquée de Duisbourg, prévue demain et à laquelle ont été conviés plusieurs partis européens : Vlaams Belang (Belgique), Lega Nord (Italie) , FPÖ (Parti autrichien de la liberté), mais aussi des Français (Nouvelle Droite Populaire et Mouvement National Républicain).

"De toute l'Europe les forces de résistance contre l’islamisation de notre terre ont répondu présent"
, pouvait-on lire ces jours-ci sur le site de la NDP de Lorraine.

Photos-1-1197.jpg"Ce n'est pas une ville pour les nazis!" proclame cette affiche,
aperçue à Duisbourg le week-end dernier.


Sans surprise, la police est en alerte, moins par crainte des militants d'extrême-droite eux-mêmes que pour éviter les affrontements avec les contre-manifestants. La scène de gauche est mobilisée et elle était présente hier en bien plus grand nombre que les "anti-islam". Non seulement elle, mais aussi un certain nombre de simples citoyens, d'hommes d'Église et d'homme politiques. Le président des sociaux-démocrates allemands, Sigmar Gabriel, a d'ailleurs visité plusieurs des mosquées hier, pour marquer son rejet d'un tel rassemblement.

Le "mouvement citoyen Pro-NRW" (Bürgerbewegung Pro-NRW), créé début 2007, est au cœur de ce week-end de rassemblement de la droite extrême européenne. Le parti mène actuellement campagne pour l'élection du 9 mai, qui vise à renouveler le parlement de Rhénanie du Nord-Westphalie. Le rejet de l'islam est son thème de campagne préféré. Le NPD (Parti national-démocrate d'Allemagne), lui aussi d'extrême-droite, a également prévu un petit rassemblement à Duisbourg dimanche. En tout, 1.000 manifestants sont annoncés par Pro-NRW, 250 par le NPD. Les Français pourraient être une cinquantaine.

Face à eux, une "fête citoyenne" (Bürgerfest), lancée à l'appel du maire de Duisbourg, de plusieurs syndicats, de l'Église évangélique, réunis au sein d'une "Alliance pour la tolérance et le courage civique".

A la mairie de Duisbourg, on estime que la mosquée de la ville, située dans le quartier de Marxloh, où vit une importante communauté turque, a été choisie par l'extrême-droite " justement parce qu'elle est le symbole d'une intégration réussie".

Je serai demain à Duisbourg pour participer à la Bürgerfest. Je vous en dirai plus dans les prochains jours.




Pro-NRW a son pendant colonais, Pro-Köln, qui lui est antérieur, puisqu'il existe depuis 1996. Pro-Köln dispose de 5 sièges au conseil municipal de Cologne, sur un total de 90. Les deux organisations sont surveillées de près par le Verfassungsschutz, les services secrets intérieurs. Le NPD est également étroitement surveillé. Il a déjà fait l'objet de plusieurs tentatives d'interdiction pure et simple.

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