10.000 à Duisbourg pour dire "les nazis dehors!"

Publié le par Sébastien Martineau

300 à 400 militants d'extrême-droite d'un côté. Près de 10.000 contre-manifestants de l'autre. La croisade anti-mosquée de Pro-NRW et de ses alliés européens a tourné dimanche à la démonstration de force pour les partisans d'une société multiculturelle et tolérante. Les cortèges de Pro-NRW et du NPD ont dû renoncer à s'approcher de la grande mosquée de Duisbourg. Reportage.

Manif-a-Duisbourg--28-mars- 1270Une petite partie de la foule des contre-manifestants, dimanche,
devant la mosquée Merkez, dans le quartier de Marxloh.

Il est tout juste midi lorsque j'arrive devant la mosquée de Duisbourg ce matin. En théorie, j'étais censé arriver une heure plus tôt, mais le tramway reliant la gare au quartier de Marxloh s'arrêtait à mi-chemin... pour cause de manifestation. J'aurais pu y penser. Du coup, je fais comme tout le monde. Je prends mes pieds, et je suis la petite foule de contre-manifestants, qui me mène à destination.

Manif-a-Duisbourg--28-mars- 1259 "Nous sommes Duisbourg !"

Là, sur une sorte de grand espace mi-herbe mi-boue, à proximité de la mosquée Merkez, plusieurs milliers de personnes sont déjà rassemblées. Sur une scène, des responsables politiques, religieux et associatifs locaux se succèdent pour répéter en substance le même message : "Nous sommes internationaux, nous restons internationaux! Ce sont eux, qui sont les vrais étrangers", lance Erkan Kocalar, le premier maire adjoint issu de l'immigration à avoir été élu à Duisbourg.

Il poursuit : "Tous ces immigrants, de Pologne, des Pays-Bas, des pays méditerranéens et même d'Asie... sans eux, Duisbourg n'aurait jamais été la grande ville industrielle qu'elle a été. Bien sûr, la cohabitation entre les communautés pose des problèmes. Mais ces problèmes, c'est nous qui allons les régler, personne d'autre !"

Au premier rang de la scène, une grande banderole fait la liste des 140 nationalités qui forment le tissu social de Duisbourg, pour un total de 508.000 habitants.

Manif-a-Duisbourg--28-mars- 1262Dans la foule des contre-manifestants, on aperçoit beaucoup de turcs.
Ils forment l'une des plus grosses communautés de Duisbourg,
en particulier à Marxloh.

C'est ensuite au président de l'Alliance pour la tolérance et le courage civique, Jürgen Thiesbonenkamp, de parler. "Les habitants de Duisbourg ont un grand cœur, mais il n'y pas de place dans notre cœur pour les Rechten, pas de place pour les nazis ! Et il faut qu'ils comprennent bien une chose : nous n'avons pas peur d'eux !"

La foule applaudit abondamment à chaque intervention. Plusieurs représentants des différentes religions passent également au micro, soulignant la bonne entente qui a présidé à la naissance de la mosquée de Duisbourg et le beau symbole d'intégration qu'elle représente.

Manif-a-Duisbourg--28-mars- 1266"Le jardin d'enfants de la Bertram Strasse pour une cohabitation
de toutes les cultures à Marxloh."


L'ambiance est certes sérieuse, mais plutôt bon enfant. Les gens vont et viennent entre la scène et la mosquée, vont jeter un œil du côté des barrières installées un peu plus loin par la police, là où est censé déboucher le cortège de Pro-NRW. Le dispositif policier est impressionnant. Les forces de l'ordre sont présentes partout entre la gare et Marxloh. Sur chaque quai de gare, à chaque intersection. Le gros des troupes est concentré autour de la mosquée. Un hélicoptère tourne au-dessus de Duisbourg.

Manif-a-Duisbourg--28-mars- 1274

Il est bientôt 13h. Sur la scène, il ne reste qu'une chorale locale, baptisée "Von Mensch zu Mensch" (d'être humain à être humain), qui continue à chanter. Près des barrières, on ignore toujours où en est la manifestation de Pro-NRW. Le trajet des anti-mosquée est très court. Quelques centaines de mètres seulement, mais on ne voit rien venir. Une partie de la foule s'est dispersée. J'apprendrai plus tard que des militants d'extrême-gauche ont tenté de bloquer la route à l'autre cortège anti-mosquée, celui du NPD. Ils ont été délogés sans ménagement par la police (ont peut voir des photos ici). L'impatience est palpable. À côté de moi, un adolescent fanfaronne : "Ils sont où les nazis? Ils ont eu peur?"

Manif-a-Duisbourg--28-mars- 1275Pour passer le temps, un homme commence à jouer de la guitare,
bientôt rejoint par un  jeune percussionniste.

Finalement, peu avant 14h, on aperçoit des drapeaux jaunes, ceux du parti flamand Vlaams Belang, les plus nombreux dans le cortège de Pro-NRW. Il y a là des drapeaux français à la mode d'extrême-droite, des drapeaux allemands et même deux drapeaux israéliens. Le cortège est stoppé par un cordon de policier à 150 mètres environ des contre-manifestants, eux-mêmes cantonnés derrière les barrières. Ils ont beau être venus de loin, les représentants de la droite islamophobe ne verront pas la mosquée de plus près. La foule crie "Nazis, raus!" (les nazis, dehors!) encore et encore.

Manif-a-Duisbourg--28-mars- 1276Les policiers ont aménagé un no man's land entre manifestants et contre-manifestants.

En dix minutes, les différents leaders présents font leur passage au mégaphone devant la centaine de manifestants qu'ils ont réussi à entrainer avec eux. Allemands, Italiens, Espagnols, Français... Là-aussi, les messages se ressemblent : pas de minarets, pas de musulmans, l'Europe aux Européens. Une phrase est reprise en cœur par les manifestants : "Abenland in Christen Hand" (l'Occident entre les mains des chrétiens).

Manif-a-Duisbourg--28-mars- 1300Le cortège de Pro-NRW est plutôt âgé, surtout si on le compare
aux contre-manifestants.

Une fois les discours expédiés, la consigne est donnée de ranger les drapeaux pour pouvoir retourner le plus discrètement possible aux voitures, sous bonne escorte policière. Les forces de l'ordre vont retenir pendant de longues minutes les militants d'extrême-gauche qui se tiennent de l'autre côté du no man's land. Le tout plutôt dans le calme, mis à part un début de bousculade.

Manif-a-Duisbourg--28-mars- 1282Ces jeunes militants d'extrême-gauche aimeraient assez aller voir
de plus près les anti-mosquée. Début de bousculade.

Manif-a-Duisbourg--28-mars- 1305Après le départ des anti-mosquée, il ne reste que les journalistes.

Manif-a-Duisbourg--28-mars- 1309"Plutôt solidaire que brutal & aryen" (en allemand ça rime).

Il y a de nouveau beaucoup de monde autour de la mosquée. Des habitants du quartier principalement, en tout cas c'est l'impression que j'ai. Les politiques sont partis. La chorale chante toujours devant la prairie boueuse désertée. Une rumeur circule, selon laquelle le deuxième cortège, celui du NPD, a dû renoncer à rejoindre la mosquée. D'après les médias locaux, il aurait rassemblé environ 200 personnes. Soit 300 en tout, contre 1250 annoncés.

Manif-a-Duisbourg--28-mars- 1313
Alors que les anti-mosquée ont quitté les lieux depuis un bon moment, les militants
d'extrême-gauche sont toujours encadrés de près par la police.


Manif-a-Duisbourg--28-mars- 1315
Pas moins de quatre caméras pour filmer les manifestants.

Je me décide à partir, mais je me retrouve bloqué par un nouveau cordon de police, à l'autre extrémité de la place. Par dessus les casques, je vois flotter quelques drapeaux rouges. Visiblement, la police a décidé de limiter les déplacements de l'extrême-gauche jusqu'au bout. Je dois contourner le pâté de maison pour rejoindre le tram, qui bien entendu ne circule toujours pas. Mais bon, j'ai fini par rentrer à Cologne.

Mise à jour le 29 mars : selon l'AFP et la presse locale, la police parle de 5.000 contre-manifestants. 10.000 était le chiffre donné hier par les organisateurs ("après avoir discuté avec la police"...). La foule était très mobile hier, certains groupes allaient et venaient. J'aurais du mal à dire qui est le plus proche de la vérité. L'AFP parle par ailleurs de 136 interpellations en marge des manifestations.



En savoir plus:
  • un article de Libération d'octobre 2007, consacré à la mosquée et au quartier de Marxloh.
  • un article du Monde consacré aux partis de l'extrême-droite européenne.
  • sur le Spiegel International, un article (en anglais) sur ce week-end anti-mosquée.

C'était où?


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Publié dans Ruhr

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valentin Fiumefreddo 21/04/2010 15:37


Tu parles d'une société tolérante et ouverte! Quelle guimauve. La preuve, regarde: que des bastons! J'ai vécu deux ans à Mettmann près de Düsseldorf et je connais bien la région. Les Allemands ne
sont pas du tout tolérants (pas plus que nous ) et le sont de moins en moins. Les gens tiennent des discours mielleux en public, et se lâchent en privé, comme les français. Simplement, on peut
encore échapper térritorialement à l'immigration et ça fait illusion. Mais celle-ci va augmenter, et quand il n'y aura plus aucun endroit ou échapper à la société multiculturelle, tu vas voir...
(j'espère me tromper, crois moi). Et franchement, n'y a-t-il pas autre chose à voir de l'Allemagne, ce beau pays, que d'affreuses mosquées modernes en parpaing, des microcéphales nazis en peau de
lapin et de jeunes crétins de pseudo-gauche (serviteurs des capitalistes avides de main d'oeuvre bon marché) se prenant pour Sophie Scholl parce qu'ils ont braillé "Nazis Raus!" ?

Enfin merci quand même de tenter de réhausser l'image de ce pays méconnu des français incultes et gavé de programmes de TF1


NR 29/03/2010 03:14


10.000 ce chiffre est de toi ?
Le KSTA parle de 5.000.
http://www.ksta.de/html/artikel/1269434605610.shtml
Qui croire : la police ou les organisateurs ;)
Grüsse


Sébastien Martineau 29/03/2010 08:12


En effet, j'a vu une dépêche de l'AFP hier soir qui parlait de 5.000. C'est sans doute plus proche de la vérité. Difficile à dire, parce qu'ils n'étaient pas réunis à un seul endroit tous en même
temps. Certains groupes venaient, repartais... Il aurait fallu que je monte dans l'hélico...