A Duisbourg, 250 millions d'euro de déficit en 2010

Publié le par Sébastien Martineau

Pas un jour ne se passe sans qu'il n'en soit question dans les médias : les communes allemandes croulent sous les dettes et les déficits prévus pour 2010 vont encore aggraver la situation. La crise financière a entrainé une baisse brutale de la taxe professionnelle presque partout. Pour redresser la barre, on ferme des piscines, des théâtres, on baisse les subventions aux associations, on augmente les taxes foncières  (et les taxes sur les chiens !)… Et on s’oppose au projet du gouvernement de baisser les impôts. Gros plan sur le cas de Duisbourg, l’une des communes les plus gravement touchées en NRW.

Budget-Duisbourg.jpgDuisbourg n'a toujours pas de budget. A l’heure actuelle, aucune dépense ne peut-être effectuée si elle n’est pas indispensable. Les salaires sont payés, les factures aussi, mais aucun projet n’est lancé. La ville espère encore pouvoir accueillir cet été la Loveparade, que les communes de la Ruhr organisent à tour de rôle, mais les moyens manquent. Il faudrait trouver 840.000 €.

En 2009, la ville a dépassé les 200 millions d’euro de déficit. Pour cette année, on prévoit déjà 250 millions, sur un budget d’environ 1,4 milliard d’euro (soit 17,8%). En comparaison, Lyon, la seule ville française à peu près équivalente en nombre d’habitants (Duisbourg compte 494.000 habitants, Lyon 472.000), a un budget de 698 millions d’euro, et pas ou peu de déficit, ainsi qu’une dette faible.

Moins de revenus, plus de charges

Comment ce dérapage a-t-il pu se produire ? Du côté de la mairie, on pointe plusieurs calamités : une chute brutale des revenus de la taxe professionnelle, une hausse continue des charges sociales pour les mairies et le poids de l’aide aux nouveaux Länder. « On avait anticipé environ 250 millions d’euros de taxe professionnelle en 2009. On en n’a récolté que 110 millions, soit une chute de 56% par rapport à 2008 », explique Josip Sosic, l’attaché de presse de la Ville.

Voilà pour les recettes qui ne rentrent pas. Mais ce qui énerve le plus les maires des communes endettées, c’est le poids toujours plus important des dépenses sociales. Pour eux, le gouvernement fédéral et les Länder transfèrent les compétences sans les moyens financiers qui vont avec (on ne peut manquer de penser à la situation en France). Prise en charge des chômeurs, des personnes âgées, des enfants en bas âge… La balance s’alourdit avec la moyenne d’âge qui augmente et la crise qui détruit des emplois. Rien qu’à Duisbourg, on compte 60.000 bénéficiaires du dispositif Hartz IV, pour les chômeurs de longue durée. Et l’Etat fédéral envisage de réduire sa participation.

Dette par habitant

Sur ce graphique, on constate l'évolution de la dette par habitant (en euro) dans les communes de la Ruhr et du Bergisches Land qui se sont groupées dans le collectif "Raus aus den Schulden" (en finir avec les dettes). Seule la ville de Leverkusen n'a pas suivi la tendance à la hausse.



Du coup, entre 2000 et 2009, la dette s'est envolée, passant de 400 millions d'euros environ à 1,6 milliard. « Nous sommes obligés d’emprunter constamment. Nous avons des employés municipaux qui sont chargés spécifiquement de vérifier chaque jour où et à quel taux nous pouvons emprunter à très court terme. Par exemple, chaque année nous devons payer une contribution de solidarité avec les nouveaux Länder. Cela peut aller de 10 à 25 millions d’euros par an. Et bien cela nous le faisons intégralement avec des emprunts. Nous n’avons pas de fonds propres. Depuis la réunification, les 390 millions d’euros que nous avons versés à l’Est nous ont coûté 575 millions en réalité. »

Pour endiguer le phénomène, un plan de d’assainissement du budget a été mis au point, qui doit être validé par le conseil municipal le 22 mars. Il prévoit 400 mesures, qui vont du non-remplacement de 680 postes d'employés municipaux d’ici à 2014 (les frais de personnel représentent environ 23% des charges) à l’augmentation des tarifs des piscines, théâtres, salles de concert, garderies... et de la taxe sur les chiens! De nombreuses subventions vont être réduites ou supprimées. Et même à ce prix-là, la Ville devrait voir sa dette grimper jusqu’à 2,3 milliards d’euro d’ici à 2014 (2,9 milliard sans le plan d’assainissement). Duisbourg, comme les autres communes dans cette situation, fait donc appel au gouvernement fédéral et aux Länder : nous avons besoin d’aide pour nous désendetter! L’ennui, c’est que tous les échelons sont dans la même situation. A Berlin ou à Düsseldorf, on jongle de plus en plus difficilement avec les déficits.

Le NRW, champion de la dette

Dans toute la Rhénanie du Nord-Westphalie, les exemples comme Duisbourg ne manquent pas. A commencer par Essen, la ville porte-drapeau de Ruhr.2010, qui se trouve plus ou moins dans la même situation, avec une plus grosse dette encore. D’après les informations qui m’ont été données par le collectif « Raus aus den Schulden », le NRW représentait à lui seul plus de la moitié de la dette des communes allemandes en 2009, avec 15,96 milliards d’euros, sur un total de 31,56 milliards. Dans ce total, la dette des nouveaux Länder (ex-Allemagne de l’Est) est minime, de l’ordre de 2 milliards en tout. Partout, la tendance est à la hausse : la dette des communes allemandes a été multipliée par 4,6 depuis 2000.

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