Pas contents, pas contents, pas contents

Publié le par Sébastien Martineau

Je m'en viens vous causer de contestation. Ou plutôt de contestations, puisqu'il y a en ce moment deux mouvements assez intéressants, l'un en France, l'autre en Allemagne. Pas à Cologne, à Stuttgart. Des milliers d'habitants se sont organisés pour dénoncer un méga-projet de gare centrale. Pas que Stuttgart n'ait pas déjà une gare, non, j'y suis d'ailleurs passé, c'est un fait, il y a bien une gare à Stuttgart.

7.06.2007-43.jpgNon, en fait, les chemins de fer allemands - la Deutsche Bahn - et les autorités locales veulent une gare flambant neuve et souterraine. Cela permettra notamment que les trains puissent traverser la ville, plutôt que d'arriver dans un cul de sac. Et ce serait important pour l'axe ferroviaire Paris - Budapest, qui inclut le TGV Est. Je n'ai rien contre les projets de rapprochement franco-hongrois, mais les opposants au projet ont quelques bons arguments.

J'étais un peu sceptique sur ces protestations, partant du principe que "Stuttgart 21" (c'est le petit nom du projet) avait suivi un long processus de délibération - on parle de dix-sept années depuis les premières ébauches - et que les opposants auraient pu se réveiller avant. Mais j'ai lu cet article de la Süddeutsche Zeitung (traduit par Courrier international), qui m'a fait revoir ma position. Et aussi réfléchir au problème de la représentativité des élus.

Car les anti-Stuttgart 21 dénoncent le processus de décision, ils mettent en doute l'honnêteté de leurs représentants élus. A tel point qu'une partie de l'électorat conservateur est en train de changer de camp. Quant à savoir pour qui ils voteront lors des régionales l'an prochain, c'est une autre question. Mais je trouve la manière qu'ils ont de s'impliquer dans la communauté très intéressante. Le titre de cet article, c'est « A Stuttgart, des citoyens "comme il faut" réinventent la démocratie ».

Le jour où la police a dérapé

Le 30 septembre, soit cinq jours après la parution de l'article, des affrontements violents ont opposé la police et les manifestants anti-Stuttgart 21 qui voulaient empêcher l'abattage des arbres d'un parc  voisin du chantier. Les images de ces heurts ont fait le tour de tous les médias allemands. Une photo a particulièrement choqué : celle d'un vieil homme les yeux en sang. Il a pris de plein fouet le jet d'une lance à eau et, aux dernières nouvelles, il devra sans doute être opéré pour ne pas perdre la vue.

C'est un cliché, mais c'est le genre de dérapages que l'on ne s'attend pas à voir en Allemagne, surtout que les manifestants n'étaient pas de jeunes anarchistes ou des militants d'extrême-droite prêts à jouer du coup de poing. Ils manifestaient pacifiquement depuis des semaines. Ce qu'ils veulent faire comprendre aux politiques, c'est que les milliards d'euros de la nouvelle gare pourraient être bien plus utiles dans d'autres projets. Surtout que de nombreuses communes du pays sont au bord de la faillite. Ils mettent en doute la bonne gestion - la "gouvernance" - des élus. Et je crois que c'est l'un des défis de nos sociétés : parvenir à trouver un mode de représentation différent. Elire des professionnels de la politique et leur laisser carte blanche pendant toute la durée de leur mandat, ce n'est pas compatible avec nos sociétés actuelles.

Une démocratie prépubère

Et on le voit bien en France. Nicolas Sarkozy a réussi à faire passer toutes les réformes qu'il a voulu faire passer, à peu de choses près, depuis son élection en 2007. Et les Français n'ont pas bronché, si ce n'est un mouvement social, début 2009, au moment où l'industrie, notamment, était frappée par la crise. Aujourd'hui, les gens, finalement, se mobilisent, contre la réforme des retraites. Ils le font en suivant la tradition française : grèves, manifestations, blocages. Je ne sais pas si la méthode est la bonne. Ce que je vois, c'est la mobilisation. Des gens qui arrêtent de penser qu'ils ne peuvent pas changer les choses. D'un coup, ils ont l'espoir de faire plier le gouvernement. Parce que c'est le seul langage que comprend ce gouvernement.

La France n'est pas une démocratie adulte (l'Allemagne guère plus). Les gens qui veulent se faire entendre doivent montrer les muscles. Je ne cache pas que j'ai plus de sympathie pour les muscles des manifestants que pour ceux de la police (voir cet exemple à Chinon, au lycée Rabelais, ce matin la vidéo n'est plus en ligne, ce 22 octobre). Mais, à terme, il faudra trouver un moyen de traduire dans l'ADN de notre démocratie la participation des citoyens. Un défi de taille pour un pays hypercentralisé comme la France.

En attendant, à Stuttgart, un médiateur a été nommé, bien que, comme en France, les autorités affirment ne pas pourvoir reculer. Ce week-end, ce médiateur, Heiner Geißler, a mis en cause le processus de décision qui a amené à l'adoption de Stuttgart 21...

 

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Publié dans Oh! de Cologne

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Cha 26/10/2010 17:31


Wow, tu as bien ramassé les informations sur Stuttgart 21. Et même une comparaison avec la France.. Je dois lire cet article pour comprendre pourquoi il n'y avait pas de démonstration plus tôt
pendand tout le procès.
Je suis d'accord avec toi, j'ai plus de sympathie avec les muscles des gens démonstrants que pour les Schlagstöcke de la Polizei. Et: Le vieux démonstrant restera sans vue dans un oeil....


Sébastien Martineau 26/10/2010 21:42



Oui, enfin, c'est une comparaison un peu tirée par les cheveux. Mais merci pour les compliments. En attendant, je te rassure, je garde un oeil sur les manifestations contre le nucléaire en
Allemagne. Le Castor n'a qu'à bien se tenir !