Toute la Ruhr dans un bain de charbon

Publié le par Sébastien Martineau

Le Musée de la Ruhr (Ruhr Museum)  a été inauguré en grande pompe le 9 janvier dernier, à l'occasion du lancement de Ruhr.2010. Dans l'ambiance toute industrielle des anciens bains de charbon de la mine Zollverein, il propose de découvrir toute la complexité de la Ruhr, trop souvent cantonnée à son passé de productrice de charbon et d'acier. J'y étais hier après-midi. Une visite passionnante... de quatre heures, que je me propose de vous résumer.
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Il est 13h30. Le tramway me dépose à l'entrée de la mine Zollverein. La dernière fois que j'ai mis les pieds ici, il faisait nuit et des dizaines de milliers de visiteurs avaient défié la neige et le froid pour assister au lancement de l'année de Capitale européenne de la culture, sur ce site industriel qui fut l'un des plus performants du monde, avant sa fermeture en 1986. En ce samedi après-midi, la neige a disparu depuis longtemps, mais les visiteurs ne manquent pas. Je croise trois visites guidées entre la grille d'entrée et le grand escalier orange qui mène au Ruhr Museum.

A en croire la brochure, le Ruhr Museum "n'est pas un musée de l'industrie, mais un musée régional d'un nouveau genre". Il serait à la fois "un musée d'histoire naturelle, d'archéologie et d'histoire", le tout "sous un même toit". Si l'on peut parler de toit, sachant qu'il s'agit d'un énorme quadrilatère qui servait à séparer le charbon des déchets, en utilisant beaucoup d'eau (d'où le nom du bâtiment : Kohlenwäsche, les bains de charbon). Cet énorme bâtiment-machine pouvait fonctionner avec une poignée d'ouvriers seulement. Rien ne le prédestinait à devenir un musée.

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Le cabinet d'architectes HG Merz a imaginé un découpage en trois étages, qui se visitent de manière non-chronologique. Après avoir acheté son billet au cinquième étage (à 24 mètres), on descend vers le présent, Gegenwart, au troisième étage (17 mètres). On comprend vite que la mise en scène s'amuse de cet effet de labyrinthe industriel. Pour toucher du doigt la Ruhr d'aujourd'hui, les concepteurs du musée ont choisi la photographie. On découvre ainsi une multitude de quartiers ouvriers, construits à partir du milieu du XIXe siècle et qui ont peu à peu évolué dans leur forme, leur organisation.

Sur les grands panneaux blancs qui servent de support, on aperçoit des terrils (Halden en allemand), transformés en espaces verts, des rivières bétonnées, que l'on essaye de rendre à la nature, de la végétation qui pousse sur des câbles en plastique abandonnés. On voit aussi les champs et les forêts, qui représentent près de 60% de la superficie de la Ruhr. On voit la Ruhr depuis des fenêtres de train et depuis des avions. On s'amuse des clichés habituels sur les gens d'ici : la passion du football, le kiosque du coin où l'on se retrouve pour discuter et l'élevage de pigeons. On voit aussi la Ruhr étudiante, la Ruhr festive, la Ruhr multiculturelle, multi-religieuse. Ses églises, ses synagogues, ses temples et ses mosquées.


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Grâce à la diversité des angles choisis, on a le sentiment d'une identité "ruhrpottienne" (c'est de moi) qui s'est construite dans la durée, au fil des vagues de migration. Une région laborieuse, attachante, qui a dû lutter pour se réinventer après l'acier et le charbon. De l'imagination, une bonne dose d'autodérision, la culture du travail... La Ruhr c'est un peu tout ça (et un peu de bière aussi!). Et pour ceux qui seraient en manque de données chiffrées et de cartes, une table multimédia et plusieurs projecteurs en proposent des quantités.

Moi je me dirige vers le deuxième étage (12 mètres), intitulé Gedächtnis (mémoire). On fait un grand bond en arrière dans le temps, jusqu'à l'époque où l'actuelle Ruhr se baladait au niveau de l'Equateur, avant que la dérive des continents ne l'amène jusqu'ici. La houille de la Ruhr est le résultat de la décomposition des forêts tropicales de l'époque. On avance rapidement dans le temps. Néolithique, antiquité (les Romains étaient présents dans la région, puis Charlemagne et les Saxons), Moyen-âge. Les luttes entre seigneurs, l'importance de l'Eglise catholique, les guerres de religion, les premières universités, l'invention de l'imprimerie, les premiers journaux... Le musée possède une collection à la fois riche et variée.
Et toujours ces murs de béton, ces tuyaux métalliques en fond visuel.

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Il reste à en apprendre un peu plus sur l'ère industrielle. Direction le premier étage (6 mètres), Geschischte (l'histoire). Là, les pionniers du charbon et de l'acier, le début des luttes sociales, les objets de la vie quotidienne. Et puis les guerres, l'occupation française après la défaite de 1918, le fascisme, la collaboration des grands industriels avec le régime nazi. On connait plus ou moins la suite : la reconstruction, les Trente glorieuses, les débuts de la construction européenne, la démocratisation de la société. Et enfin, la sortie (ou presque) des années charbon, une économie à réinventer, la révolution du tertiaire.

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Il me faudrait des pages et des pages pour évoquer tout ce qu'il y a à voir dans ce musée. J'espère tout de même vous avoir donné un peu envie. Pour ma part, je trouve que résumer une région, c'est loin d'être chose facile et que le Ruhr Museum s'en tire très bien.


A propos de Ruhr.2010:

Le Ruhr Museum est situé sur le site de la mine Zollverein, à Essen, à environ 70 km de Cologne. Il présente également des expositions temporaires. Jusqu'au 13 juin, on peut y découvrir "Archéologie et politique - Le grand jeu", qui s'attarde sur les manœuvres politiques liées aux grandes expéditions archéologiques au XIXe siècle et au début du XXe. Où l'on apprend que de nombreux archéologues ont participé à des missions d'espionnage, mettant à profit leur connaissance des langues locales et des populations.
 

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