Le "Klagemauer" a 20 ans et pas que des amis

Publié le par Sébastien Martineau

Hier matin, en route pour le musée romain-germanique (je vous en parlerai tout à l'heure), je suis tombé sur Walter Herrmann, occupé à dresser son Klagemauer (mur de contestation après vérification, "mur des lamentations" serait plus correct) dans la Schildergasse, l'une des rues les plus passantes de Cologne.

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Le Klagemauer est une institution à Cologne. Cette  construction de bric et de broc est née en 1989, à quelques mètres seulement de là où elle était installée hier. La première guerre du Golfe - qu'en Allemagne on considère comme la deuxième, la première étant la guerre Iran-Irak - a contribué à sa réputation. Son principe : des petits panneaux de carton, sur lesquels les passants peuvent noter un message pour la paix, pour la justice sociale, pour le droit au logement... Les thèmes varient. Et en ce moment, à quelques semaines des élections pour renouveler le parlement de NRW, c'est la cause des sans-logement qui occupe le Klagemauer. "Sans abris sans lobby", peut-on lire sur l'un des panneaux. "30.000 personnes en attente de logement à Cologne."

Walter Herrmann est un petit monsieur discret. Aujourd'hui âgé de 71 ans, il a réuni au fil du temps un petit groupe de bénévoles, sans appartenance politique ni associative particulière, qui se relaient pour monter, tenir et démonter le mur de carton. Certains d'entre eux organisent également une soupe populaire, tous les dimanches et certains vendredis, un peu à l'écart de la cathédrale.

Le mur fait grincer quelques dents

Il faut dire que les relations avec la municipalité ne sont pas toujours faciles. Il y a quelques années, le mur avait été démonté par la police. L'affaire est allée en justice. Finalement, le Bundesverfassungsgericht (la cour constitutionnelle fédérale) a tranché en faveur du Klagemauer. "La cour a considéré que la participation des gens au mur en faisait une sorte de rassemblement. Du coup, je peux m'installer où je veux sans avoir à demander une autorisation à la mairie. Mais je me signale toujours à la police."

En tant normal, le Klagemauer est visible près de la cathédrale, où les touristes sont nombreux. Le choix de la Schildergasse, m'explique Walter, vise à toucher en priorité les Colonais, à l'approche de cette élection importante, qui pourrait voir le NRW basculer à gauche.

Photos-1 1226Une caricature montrant des sans-abris assoupis entre les sarcophages
du musée romain-germanique.

Peut-être a-t-il aussi cherché à calmer les esprits en s'éloignant de la cathédrale. Il y a quelques semaines, le Klagemauer avait déclenché un scandale en présentant la caricature d'un juif découpant un enfant palestinien, couché dans une assiette. Sur le couteau, on pouvait lire "Gaza". La fourchette était enveloppée d'un drapeau américain. L'information avait été largement relayée un peu partout sur internet, de nombreux sites attaquant la caricature comme antisémite. "Festival de haine anti-israélienne", "Exposition anti-israélienne"... Tout dans la nuance. Walter Herrmann aurait également fait l'objet de plaintes de personnalités colonaises pour avoir exprimé publiquement son antisémitisme.

Un éditorialiste du quotidien local Kölner Stadt-Anzeiger a également pris position contre le mur. "Le projet n'a depuis longtemps plus rien à voir avec une critique légitime d'Israel", écrivait Tobias Kaufmann le 24 février.

Je n'ai pas vu la caricature dans son contexte, je me garderai donc de donner un avis. La question palestinienne est un des thèmes récurrents du Klagemauer. Walter Herrmann n'a d'ailleurs pas l'intention de renoncer à l'aborder. Mais il attendra l'après-élection. Sur l'un des panneaux, on peut lire "Klagemauer Palästina, wieder ab Juni" (retour en juin).



En savoir plus
:
  • la page Wikipedia sur Walter Herrmann (en allemand).
  • la page Wikipedia consacrée au Klagemauer (en allemand).

    Photos-1-1241.jpg
  • Pour la petite histoire, le Dalai Lama a écrit ce message pour le mur en mai 1995 :

    " Que la lumière radiante de la compassion et de l'amour, rendue possible
    par des pensées sincères, brille sans entrave et partout,
    car pour tout être vivant doté de sensations et recherchant le bonheur,
    elle est les fondations pour atteindre le bonheur, maintenant et pour toujours."

Publié dans Cologne

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Marc Letombe 30/03/2010 00:01


Je me souviens... en 1994, ou 95, lors d'une des premières éditions d'un échange scolaire entre mon collège (Coll. Braque Dieppe) et une école de MH a.d. Ruhr, nous demandions à nos élèves, lors
d'une excursion commune à Cologne, d'inscrire des messages de paix et d'amitié entre les peuples sur les morceaux de carton du Klagemauer, qui se trouvait, à l'époque, juste sur le parvis de la
cathédrale. Je croyais qu'il avait disparu, à la demande des autorités ecclésiastiques, tant mieux s'il a survécu.. nous irons peut-être lui rendre de nouveau visite, en mars prochain
M.L.


Sébastien Martineau 30/03/2010 02:13


Le parvis de la cathédrale reste le lieu habituel où s'installe le Klagemauer. Il s'est déplacé en raison de la campagne électorale, pour pouvoir toucher plus directement les Colonais sur le thème
du logement. Mais je ne l'ai pas revu depuis ce jour-là. Difficile de prévoir à l'avance où et quand il sera installé...
Je suis tombé par hasard il y a déjà quelques semaines sur le blog que font vos élèves (il s'agit bien de votre collège?) avec ceux de Mülheim. C'est un projet très sympathique. J'espère qu'il
continuera longtemps.