Jusqu'à Istanbul en caravane... mais sans voiture

Publié le par Sébastien Martineau

Parti d'Utrecht le 3 janvier, le musicien hollandais Tjerk Ridder a décidé de rejoindre Istanbul en caravane. Pour ça, il ne peut compter que sur les bonnes âmes rencontrées en route, qui acceptent d'atteler sa maison roulante à leur voiture. Son voyage devrait l'amener à visiter les trois capitales européennes de la culture, Essen, Pécs et Istanbul. Rejoint pour quelques jours par un de ses amis, Peter Bijl, Tjerk était ce matin à Cologne. Rencontre dans une caravane, sous le pont Deutzer.
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Quand j'arrive à la caravane, la porte est entrouverte. C'est Peter qui m'accueille. « Tjerk ne va pas tarder. Il est parti promener le chien. » Et en effet, à peine assis au chaud sur les banquettes, nous voyons Tjerk s'avancer sur le quai du Rhin, sa chapka sur la tête. Il me salue, m’explique qu’il a un léger rhume, qu’il a préféré ne pas sortir hier soir après une présentation qu’ils ont faite de leur projet à la Nuit Pecha Kucha. Dachs – c’est le nom de sa chienne – tente de s’installer sur mon carnet, renverse tranquillement mon thé sur l’appareil photo. Un coup de torchon et c’est vite oublié.

« L’idée de ce voyage est née lors d’une discussion avec des amis à Utrecht, raconte Tjerk. L’un d’eux, un Danois, est l’inventeur du stop en caravane, le "caravane hitchhiking". Un jour où il était bloqué quelque part avec sa caravane, il a appelé un taxi, en précisant qu’il avait besoin d’un taxi avec un système d’attelage. Par la suite, il a réutilisé le principe pour aller sur des événements culturels. Peter l’a fait aussi d’ailleurs, d’Utrecht à Berlin, en trois jours. »

Besoin des autres pour avancer

A partir de cette idée, Tjerk et quelques amis ont monté un projet et sont parvenus à trouver des sponsors, qui ont fourni la caravane, les panneaux solaires sur le toit, le dispositif d’attelage… C’est même le maire d’Utrecht qui a remorqué le premier la caravane, pour le départ dans l’après-midi du 3 janvier. Tjerk a ainsi voyagé tout seul pendant une petite semaine, avant d’être rejoint par Peter à Essen (ils y étaient lors du week-end d'inauguration de Ruhr.2010).

« On s’inscrit vraiment dans l’esprit de la capitale culturelle, même si l’on ne figure pas au programme officiel. On a fait un voyage vraiment génial dans toute la Ruhr pendant dix jours. En voyageant comme ça, tu ne sais jamais ce qui va arriver. On a vraiment besoin des autres pour continuer d’avancer, et ça c’est vraiment l’idée forte de ce voyage. On se rend compte que, lorsque l’on aborde les gens avec la bonne attitude, ils sont vraiment généreux. Ils nous offrent le café, une douche. Ils disent : Oh, mon frère a un attelage sur sa voiture, il pourrait vous emmener. »

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Peter poursuit : «  Les gens que l’on rencontre, on essaye de comprendre quels sont leurs rêves. Tout le monde a des rêves, mais pour certains c’est difficile de mettre des mots dessus et encore plus difficile de les vivre. » Les deux compagnons de voyage ont mis au point un petit rituel. Les gens qui le souhaitent posent sur papier les rêves qu’ils ont, en précisant des étapes qu’ils vont essayer de franchir pour les réaliser. La feuille est placée dans une boîte de conserve, qui est ensuite scellée, avec une date de péremption. A l'expiration, dans un an, dans six mois, la personne devra ouvrir la boîte et constater si oui ou non elle a fait un pas vers son rêve. Ils appellent ça la conserve à rêves, la dreamcan, ou Traumdose.

« On a rencontré une femme d’une soixante d’année, la semaine dernière. Elle nous a dit qu’elle avait toujours voulu apprendre à jouer de l’harmonica. Mais elle ne savait même pas par où commencer. Pour elle, la première étape a été immédiate, car Tjerk avait un harmonica dans la caravane. Il lui a montré quelques notes. Il semble qu’elle a décidé de prendre des cours. »

Bientôt de retour dans la Ruhr

Dès ce week-end, Peter va quitter la caravane et rejoindre Berlin, où il vit et travaille comme écrivain et journaliste. Tjerk va poursuivre sa route avec Dachs – « elle fait encore plus de rencontres que moi ! » – et sa guitare. Il profite du voyage pour composer des chansons, quand il n’est pas en interview (ils ont été suivis par la chaîne Sat 1 cette semaine et ont fait une apparition dans le très populaire Bild Zeitung…) ou occupé à régler des problèmes pratiques (acheter une bouteille de gaz, comme ce matin). Il n’est pas impossible qu’il soit rejoint en cours de route par d’autres amis. L’autostoppeur à la chapka espère être à Istanbul début mars, puis revenir dans la Ruhr pour participer à NL-Ruhr, un ensemble de manifestations concoctées par des artistes néerlandais pour Ruhr.2010.

Pour ma part, je trouve cette initiative vraiment sympathique. Elle donne une dimension humaine à cette tradition de la capitale européenne, qui peut parfois apparaître à la fois répétitive et détachée des gens. Vous avez peut-être trouvé l'histoire des conserves à rêves un peu conceptuelle, mais ces deux-là ont une vraie qualité d'écoute. Je suis reparti avec ma petite conserve. Pour les germanophones, voilà une vidéo tournée par l'équipe de Ruhr.2010-TV (une partie est en anglais).



Quelques liens pour en savoir plus :


- le site internet du voyage (partiellement en anglais et allemand)

- la page Myspace de Tjerk Ridder


Publié dans Cologne

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