J'ai rencontré... Mike, 31 ans, bénéficiaire de Hartz IV

Publié le par Sébastien Martineau

Lundi soir, alors que je m'étais approché d'un groupe de manifestants, devant la cathédrale, qui réclamaient de meilleures conditions de vie pour les bénéficiaires de Hartz IV, un jeune homme a pris la parole pour témoigner de sa situation : 260 € par mois pour vivre. Je lui ai demandé de m'en dire un peu plus.

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Peux-tu me raconter quel est ton parcours?

On peut dire que je viens d'une famille Hartz IV. J'ai toujours eu des mauvaises cartes. Ma mère a été femme de ménage pendant quarante ans, elle s'est ruinée la santé et elle touche une retraite de misère. Mon père est mort. Avec mes deux frères, on essaye de l'aider comme on peut. Je n'ai pas de formation. J'ai commencé à travailler en 1998 et depuis je n'ai fait que de l'intérim (Zeitarbeit).

Mon CV, il ressemble à rien, il est plein de trous.  Mon dernier emploi, c'était il y a deux ans, chez Deutz AG, une entreprise qui fabrique des moteurs. Et puis j'ai tenté une formation de fraiseur, mais je ne suis pas allé au bout. Ça fait un an et demi. Avec un CV comme ça, personne ne t'embauche. C'est mon plus gros problème.


Je peux te demander exactement ce que tu veux dire quand tu dis
que tu vis avec 260 €?

En gros, je touche 360 €. Si tu déduis ma facture d'électricité et des arriérés d'électricité pour le chauffage cet hiver - oui, parce que le montant qu'on me donne pour me chauffer au charbon, ça n'est pas suffisant, alors je dois chauffer à l'électricité - il me reste 260 € pour tout le reste. Toutes les factures, les courses, les vêtements... Il faut être présentable quand même. Avec ça, j'y arrive pas. Quand mes amis m'appellent pour sortir, je ne peux pas. Du coup, je ne vois plus mes amis. Tu finis par perdre contact.

Je vis dans un logement social, une Genossenschaftswohnung (habitation coopérative). Mon loyer de 185€, il est pris en charge par l'État. C'est pas terrible comme logement. Les murs sont tellement fins que j'entends tout quand mon voisin du dessus couche avec sa copine. Alors je mets la musique plus fort. D'ailleurs, les autorités considèrent que le logement ne serait pas adapté pour accueillir ma fille, si j'obtenais la garde. J'ai une fille, Melina, qui va avoir 3 ans en avril. Je ne l'ai pas vue depuis huit mois. Sa mère a trouvé un nouveau copain. Elle dit aux services sociaux que je suis alcoolique.

Enfin, le truc c'est que je ne peux pas payer mes factures. Et c'est de pire en pire. J'ai l'impression qu'on me déduit de plus en plus de trucs sur ce peu d'argent que je touche. Je vais finir par ne plus rien toucher. Pendant ce temps-là, les politiques se goinfrent avec l'argent des contribuables.

Heureusement, j'ai la musique, ça me maintient en forme. C'est le seul truc qui me donne un peu d'espoir. Être Hartz IV, je le souhaite à personne. Je veux sortir de ce trou. Je veux faire quelque chose de productif. Je suis résistant, je peux travailler en équipe, je suis marrant. Ça devrait quand même être possible de trouver un travail.

Les Jobcenters, ils te proposent quoi?

Ils ne t'aident pas. Ils sont débordés. Tu leurs dis ce que tu sais faire, ce que tu es prêt à faire. Eh bien ils te mettent en doute, ils te demandent de le prouver, de passer des tests. Les tests psychologiques, c'est leur grand truc. J'en ai passé au moins six. Et puis, souvent, ils sous-traitent à des agences privées, qui ne t'aident pas non plus.

Il est prévu de réduire les allocations Hartz IV quand un chômeur
n'accepte pas une offre d'emploi. Ça t'est déjà arrivé?

Ils ont essayé une fois, mais je ne me suis pas laissé faire. Je leur ai dit : "Si vous me réduisez les allocations, je suis à la rue. Et en Allemagne, la Constitution dit que chacun doit avoir un logement."

Que devrait faire le gouvernement selon toi pour aider les chômeurs?

Il devrait se débarrasser des boulots à 1€ et des agences de travail temporaire. Elles facturent une fortune aux entreprises et payent les intérimaires 7€ de l'heure. Persona Service, Manpower, Adecco... toutes ces boîtes-là, il faut les interdire.
 

 
Mike est originaire de Düren, le même Düren évoqué dans From Cologne with news la semaine dernière, entre Cologne et Aix-la-Chapelle. Il vit à Cologne. Quand je l'ai rencontré, il portait un gros sac à dos avec une pancarte colée dessus : "Caisse claire à vendre, 30€". "Eh oui, je vends mes instruments. Je les rachèterai quand ça ira mieux."

Devant le bar où l'on s'était installé pour discuter, alors qu'on allait se quitter, il a lié connaissance avec un homme, la soixantaine, vendeur et chef d'entreprise, qui, en entendant son histoire, lui a proposé de le contacter pour faire un essai.



En savoir plus:
  • La Gazette de Berlin fait le point sur les lois Hartz sur le marché du travail.

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