Donneuse de leçons, Angela Merkel ?

Publié le par Sébastien Martineau

Pendant que la moitié de la ville regarde Lyon-Bayern Munich à la télé, je m'en viens vous parler un peu de crise financière. C'est le sujet qui fâche ces jours-ci en Allemagne. Les esprits les plus brillants et les plus modérés du pays rivalisent d'ouverture d'esprit. Imaginez l'aubaine, pour une fois qu'on peut utiliser toutes ses blagues sur les Grecs et en plus passer à la télé, il serait dommage de s'en priver.

Photos-1-1406.jpg"Mais si ! Les Grecs veulent notre argent" titrait Bild Zeitung samedi. Un sujet en or
pour le quotidien le plus lu d'Allemagne, qui ne recule jamais devant une bonne provocation.

Après la proposition, qui date déjà un peu, de racheter certaines des plus belles îles grecques, est venue l'heure de gloire du grand méchant Grec, fainéant et corrompu, qui veut voler l'argent des gentils Allemands qui travaillent jusqu'à 67 ans et payent toujours pour tout le monde. La vie est vraiment trop injuste.

Les libéraux du FDP, leur grand chef Guido Westerwelle en tête, ne ratent pas une occasion de dire que la Grèce peut bien aller se faire voir chez qui vous savez et bien penser à quitter la zone euro en partant, pour ne pas ennuyer ses petits camarades qui s'en sortent moins mal.

Je dis "moins mal" parce que ce qu'oublient de dire ces gentils moralisateurs, c'est que l'Allemagne a ses dettes et de belles dettes. J'ai déjà évoqué la situation de nombreuses villes de NRW, prises à la gorge par un endettement qui ne sera pas résorbé avant des décennies. Mais l'endettement concerne tous les échelons de l'Etat allemand, des communes à l'Etat fédéral, en passant par les Länder.

L'Allemagne, le pays sans dette

On imagine bien que si les médias internationaux s'étalaient autant sur le cas de l'Allemagne qu'ils le font sur la Grèce (ou sur le Portugal depuis quelques jours), et cela toutes proportions gardées, car l'Allemagne est tout de même moins endettée, eh bien il y a fort à parier que cette omniprésence médiatique entrainerait des mouvements d'inquiétude sur les marchés et, probablement, une hausse des taux d'intérêts imposés à l'Allemagne.

Tout cela ne signifie pas que la Grèce n'est pour rien dans ses malheurs. Une porte-parole de Transparency International, une ONG qui lutte contre la corruption, m'expliquait aujourd'hui que la corruption est en (grande) partie responsable de la situation actuelle en Grèce.

Mais ce pays mérite-t-il aujourd'hui d'être considéré par les marchés comme aussi à risque que l'Argentine ou le Pakistan? Alors même que le Japon ou l'Italie, pour ne citer qu'eux, sont bien plus endettés... Tout ça me laisse assez songeur, pour ne pas dire inquiet. Et l'attitude de Berlin dans cette affaire (on aide, on n'aide pas, on aide, on n'aide pas) n'a fait qu'aggraver les choses.

Angela Merkel démontre encore une fois dans cette affaire qu'elle a décidé de faire passer les questions de politique intérieure allemande avant la solidarité avec ses voisins européens. Elle est en train de démonter peu à peu la bonne image internationale qu'elle avait réussi à se forger depuis son arrivée à la chancellerie.

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