À Dortmund, Rotfront s'impose à Domicil

Publié le par Sébastien Martineau

Les Berlinois de Rotfront, représentants autoproclamés de l’« Emigrantski Raggamuffin », étaient à Dortmund samedi soir, au Domicil. Dès les premières chansons et pendant plus de deux heures, ils ont emballé le public avec leur mélange inimitable de musiques traditionnelles d’Europe de l’Est, de ragga, de hip-hop… Sans oublier beaucoup d’humour et d’énergie.

Rotfront-au-Domicil 0193

« Vodka ! Garlic ! Emigrantski Republik ! » scande Rotfront, repris comme un seul homme par le public du Domicil, à Dortmund. Vodka et ail. Les drôles de symboles d’une république pour laquelle Rotfront a même fait imprimer des passeports, glissés dans la pochette de son unique album à ce jour, « Emigrantski Raggamuffin » (sorti en juin 2009). Ça met dans l’ambiance.

Le public n’a pas attendu cet hymne autodérisoire pour se réchauffer. La sauce a pris dès les premières chansons, grâce à l’énergie entrainante des huit musiciens. Au centre, on trouve Yuriy Gurzhy et Simon Wahorn, les deux hommes à l’origine de Rotfront, qui passent leur temps à s’échanger guitare et basse, sans oublier de chanter en russe, en anglais, en allemand. En hongrois aussi. Il faut dire que Yuriy est ukrainien, installé de longue date à Berlin, tout comme Simon, qui a quitté sa Hongrie natale (il est originaire de Szentendre, près de Budapest).

Rotfront-au-Domicil 0167Sur la gauche, on trouve un Australien, saxophoniste, Dan Freeman, qui vit depuis sept ans en Allemagne. Au trombone, c’est Anke Lucks. Anke est allemande, tout comme Max Bakshish, qui alterne entre la clarinette et le saxo baryton. Ces trois-là ont un vrai talent pour faire monter la pression dans le public.

A l’autre bout de la scène, il y a deux phénomènes : l’actrice et chanteuse hongroise Dorka Gryllus, dans sa robe rouge, n’en finit pas de tourbillonner, jouant de sa petite voix aigue. Tout aussi rebondissant, mais dans un autre genre, Max, alias MC Mad Milian, qui portait la chapka bien avant qu’elle ne devienne un accessoire de mode. Derrière tout ce petit monde, il y a Jan Pfennig, le batteur. Ces deux derniers sont allemands eux-aussi.

Huit personnes sur scène donc. Et plusieurs centaines debout, dans la salle bien pleine du Domicil. Certains sont venus exprès pour le concert, comme cet Ukrainien exilé à Strasbourg. D’autres n’oublieront pas de si tôt l’expérience Rotfront.

Rotfront-au-Domicil 0209

Berlin, terre d'asile

C’est à Berlin que Rotfront est né, en 2003, et c’est là que vivent et travaillent tous ces membres. Berlin, « la seule vraie ville en Allemagne », ironise Max Bakshish. Entre deux concerts de Rotfront, en Allemagne, en Suisse, à Budapest ou récemment à Suresnes, au Festival des vendanges, chacun y trace sa voie dans son coin, comme l’explique Mad Milian. « Simi (Simon) s’occupe du label NoLogic. Il travaille avec des acteurs notamment, les aide à se faire connaître. Yuriy a son groupe Russendisko. De mon côté, je fais des choses très différentes de ce que je fais avec Rotfront. » Dorka, quant à elle, poursuit une carrière d'actrice très européenne. On a pu la voir en 2007 dans « Irina Palm », du français Sam Gabarski avec Marianne Faithfull. En mars (en France), elle sera à l'affiche de « Soul Kitchen », de Fatih Akin, le réalisateur allemand, d'origine turque, de « De l'autre côté ».

A Berlin, ils naviguent ainsi au milieu d’une communauté artistique très dynamique, eux et quelques autres membres de Rotfront qui n'étaient pas du déplacement. Et partout où ils vont, ils déclenchent le même enthousiasme. J'avais eu le plaisir de les voir à Budapest, au Gödör, en juillet 2008. Dortmund a eu droit à quelques nouveaux morceaux, notamment « Gay, gypsy or jew », une chanson qui souhaite attirer l'attention sur les dérapages racistes que connaît actuellement la Hongrie, où tziganes, juifs et homosexuels sont fréquemment victimes de violences ou d'insultes.

Pour finir, je vous laisse découvrir un petit film d'animation qu'une amie hollandaise du groupe a concocté spécialement pour le titre « Sovietoblaster ». Une vidéo rétro et pleine d'humour, qui colle bien à l'esprit de Rotfront.


Publié dans Coup de cœur

Commenter cet article