À Cologne, le design déplace les foules

Publié le par Sébastien Martineau

Passagen--Cologne- 0414Pendant une semaine, Cologne a vécu sous le signe du design, avec deux événements importants. Côté salon, la foire internationale du meuble imm Cologne et, côté ville, Passagen, un festival consacré au design intérieur. En six jours, la foire a attiré près de 100.000 visiteurs. Quant à moi, je suis allé profiter de la dernière journée de Passagen hier, sous la pluie. Et j'étais loin d'être le seul à avoir eu cette idée.


J'avais reperé depuis plusieurs jours ces drapeaux orange que l'on trouvait ça et là dans Cologne. J'avais même croisé un certain nombre de gens avec des brochures orange, barrées du titre Passagen (les passages). Je n'avais pas tout à fait réalisé l'ampleur du phénomène. Passagen, ce sont 190 lieux d'exposition dans Cologne. Des musées, des galeries, des designers, des industriels, des magasins de meubles haut de gamme... et même de conteneurs transformés en stand.

Pendant ce temps-là, dans les halles de la Kölnmesse (un immense centre des expositions qui occupe tout un quartier sur la rive droite du Rhin), plus de 1.000 exposants, venus de 51 pays, présentaient les dernières nouveautés du meuble dans le cadre d'imm Cologne, la plus grande foire d'Allemagne dans ce domaine. 100.000 visiteurs en six jours, rien que ça. Et des affaires qui repartent à la hausse, après un millésime 2009 maussade. C'est en tout cas le bilan qu'en a donné l'organisateur, le Verband der Deutschen Möbelindustrie (Union de l'industrie du meuble allemande) à l'agence allemande dpa hier soir.

Passagen--Cologne--0378.jpg

Dans l'après-midi, j'étais allé faire un tour dans le Belgisches Viertel (quartier belge), où était regroupée une trentaine des exposants de Passagen, dans différents lieux. Dans une bijouterie transformée pour une semaine en galerie, j'ai rencontré une architecte israélienne, Noa Haim, qui vit à Rotterdam (Pays-Bas). Noa raconte qu'elle voulait créer un quartier entier avec des structures composées uniquement de triangles. « Malheureusement, la crise est arrivée et je n'ai pas pu mettre ce projet en pratique. J'ai récupéré l'idée pour en faire une installation artistique, à laquelle les gens peuvent participer. » Le public peut utiliser les triangles en papier de Noa pour créer n'importe quelle structure.

Passagen--Cologne--0387.jpg

Au fond d'une cour, un peu plus loin, je suis tombé sur les sculptures de jardin de Ralph Engel, venu de Bonn pour Passagen. Ralph travaille à base de matérieaux utilisés normalement en architecture. On trouve ainsi des pièces en bronze, mais aussi en béton polymère. Chaque pièce n'est produite qu'en douze exemplaires. Ralph semble ravi de cette semaine colonaise : « C'est la première fois que nous venons à Passagen, et je dois dire que nous avons eu un public de qualité. Des designers, des professionnels... Allemands en grande majorité. »

Passagen--Cologne--0390.jpgDans le magasin de l'industriel Cerion, spécialiste de la gravure au laser, on peut découvrir quelques échantillons sur bois, sur pierre, sur acier, sur aluminium... « Notre machine peut même faire des très grands modèles, de 3 mètres de long. Sur l'acier, on peut faire varier la couleur en changeant la longueur d'onde du laser... On sait faire plein de choses, mais si nous sommes là, à Passagen, c'est que nous aimerions trouver des designers, des artistes qui développent des applications pour nos machines », m'explique le représentant.

Déjà près de deux heures que j'arpente le quartier. J'ai vu des cuisines sur mesure (dont une impressionnante pour un château gothique habité), des maisons en pain d'épice, des balets et des pelles à poussière à plusieurs centaines d'euros, des étagères - plein d'étagères - des chaises obèses, des fontaines d'intérieur et des murs végétaux.

Je termine l'après-midi avec Gronicles #1, l'exposition de trois designers hollandais. Je repère notamment un très intrigant hanging workseat (siège de travail... pendable?). Renseignement pris auprès de l'artiste, Jack Brandsma, l'objet coûte la bagatelle de 20.000 €.  Il n'en existe que neuf exemplaires, en polyester, plutôt confortables. Il va falloir que j'économise quelque temps. Jack m'explique que c'est son école d'art qui détient les droits du siège, qu'il aimerait racheter. « Dès que j'en aurai vendu quatre ou cinq, je pourrai lancer la production d'une nouvelle série plus abordable. Mais il faut bien voir que la conception et la fabrication d'un siège comme ça, ça a coûté au moins 25.000 € à l'école.» Le jeune designer est en tout cas très satisfait de sa semaine. « On a eu beaucoup de passage. C'était un peu la folie. Mais étrangement, on a eu peu de professionnels. »

Passagen--Cologne--0402.jpgEntre les différents lieux d'exposition, j'ai croisé beaucoup de couples, des groupes d'adultes, la brochure Passagen à la main. La semaine du design était vraiment l'événement du week-end à Cologne, en attendant le carnaval dans quelques semaines. Il faut dire que les Allemands sont les plus gros consommateurs de meubles en Europe. Chaque foyer dépense 680€ par an, plus que les Anglais (663€) et les Italiens (559€) selon l'étude European Consumption Barometer 2009, commandée par la banque Dresdner-Cetelem.

Si l'envie vous en prend, voici quelques photos supplémentaires.



Quelques sites pour en savoir plus:


- le site de Noa Haim (en anglais).

- les sculptures de jardin de Ralph Engel (anglais et allemand).

- le site de Cerion (en français).

- le site de Jack Brandsma (en anglais).


Publié dans Cologne

Commenter cet article